RETOUR
DIX JOURS EN HAITI
Soeur Rosaline Charoenchantavit, SPC

Mardi 2 février 2010

     Sr. Mary Ann Elizabeth Cruz, SPC, venant de San Francisco,  Erika Hoenke, RN,  de Détroit, et moi, nous nous sommes retrouvées à Miami, Floride, à l’Aéroport,  à 22h.  Nous ne nous connaissions pas mais nous avions un objectif commun : aider le peuple haïtien, pourvoir à ses besoins urgents.
  Quand j’ai quitté Marquette, avec cinq grosses valises, remplies surtout de matériel médical et chirurgical, offert par les gens de Marquette, je n’étais pas sûre que « l’American Airline » les accepterait à son bord. Mais une fois informé de la destination de Haïti et du contenu des valises, destiné à cette population, le personnel accepta facilement.

    A l’aéroport de Miami, nous avons rencontré des équipes de médecins, infirmières, volontaires des différents états des USA et d’autres pays, au nombre de 60 environ.  Aucun  vol commercial n’était autorisé à entrer en  Haïti, si bien que nous avons voyagé par  « Vision Airlines », l’avion des personnels et des militaires des Nations Unies. Nous avons quitté Miami à 22h et nous sommes arrivés à Port au Prince à une heure du matin.

     L’obscurité était totale et c’est seulement avec les lampes attachées à nos fronts que nous avons pu trouver notre chemin et transporter personnellement nos bagages, de l’avion au camion qui devait nous conduire au camp. Celui-ci comportait plusieurs grosses tentes occupées par l’équipe médicale de l’université de Miami. Malgré l’obscurité, nous sentions que les routes étaient mauvaises et très poussiéreuses. Nous avions le sentiment d’entrer comme sur un champ de bataille, car nous longions les tanks du personnel militaire UN, de gros canons sur remorques, tout au long de notre route.

     A notre arrivée au camp, tard dans la nuit, l’officier de service nous donna des ordres brefs : prendre du repos puis être prêtes à travailler à 7h30. Sr Mary Ann devait se rendre à la tente des adultes.  Sr Rosaline et Erika à la salle des urgences. Notre tâche commencerait à 8h et pourrait se terminer bien après minuit.

   Quelques  cas rencontrés  :   Un nouveau- né dont la mère était morte sous les ruines.  Un garçon orphelin, couvert de poussière, avec une grosse blessure au pied droit. Des gens avec bras ou jambes ou vertèbres cassés. Des gens dénutris, dont les plaies étaient infectées.

    Pas de laboratoire pour permettre de mieux  diagnostiquer  l’état des patients. Seulement des cartons, en guise d’attelles. Sans anesthésie, ni calmants, les médecins  ne pouvaient qu’étirer les os cassés, et cela causait inévitablement  les cris terribles des patients.

    Deux jours après cela, un laboratoire était installé. Les médicaments reçus étaient encore dans des cartons. Chaque fois que nous en avions besoin, nous devions courir à la tente des fournitures et fouiller pour trouver ce qu’il fallait. Il n’y avait encore rien d’organisé.

   L’une des difficultés principales était due au langage. Les médecins et les infirmières ne pouvaient pas bien travailler sans interprètes.    La chaleur torride, 34° environ, et les tourbillons de poussière toute la journée, étaient des défis pour la résistance et le dévouement des médecins, des infirmières et des volontaires. Ils devaient poursuivre les soins, car pour beaucoup de malades, c’était une question de vie ou de mort. Chaque jour, 90 à 130 patients étaient accueillis sous les tentes des adultes, des enfants ou de l’urgence. La salle d’opération fonctionnait 24h sur 24.

    Les premiers secours ne suffisaient pas bien souvent. Il fallait compter aussi avec des cas de tuberculose, de diarrhée, de malaria, de dengue, de gale, de membres cassés, etc…
Le Projet  « Medishare » :
De Les Médecins Bénévoles Pour Haïti.
Soeur Nenita Leonardo, SPC

    A mon retour d’Haïti auprès de mes Soeurs, mes sentiments étaient mélangés : à la fois la tristesse, et la joie de retrouver ma communauté. Le temps passé en Haïti m’avait émue et bouleversée, et au fond de moi, je rendais grâce à Dieu pour ces gens merveilleux qui secourent les malades et les blessés d’Haïti, par l’intermédiaire du Projet Medishare de l’Université de Miami. Toute la « tapisserie » de notre expérience à Port au Prince s’est aussi enrichie grâce à la rencontre de gens de toutes les conditions de vie. Si bien que cette expérience me permet de dépasser tous les problèmes d’absence de confort.

    Cherchons à regarder en trois dimensions le film de l’Espérance, au milieu de scènes de Vendredi Saint.  D’abord, à l’aéroport de Miami, où nous avons attendu les passagers volontaires pour « Vision Airlines », un charter prévu par le système de santé de l’université de Miami, j’ai croisé des professionnels de diverses spécialités : dentistes, infirmières, médecins, physiothérapistes, employés administratifs, sociaux, militaires et d’autres encore, qui désiraient faire des dons ou se donner eux-mêmes pour cette ville dévastée. Depuis mon arrivée à l’aéroport, je n’ai cessé d’entendre la même question : « Est-ce bien le vol pour Haïti ? ». Mais oui, certainement, ai-je répondu avec joie et émotion, en sachant qu’avec moi, ils allaient vivre un grand miracle ! Une communauté de Chrétiens s’est formée et cela, dirais-je, surprend et émerveille, car chacun se sent appelé à servir le dernier, le plus petit, le plus perdu. De cet immense pays des USA, différents Etats sont représentés par des gens remplis d’amour et venant apprendre à partager soutien, réconfort et amour,  entre eux et avec les Haïtiens éprouvés. Cela nous stimule beaucoup à notre arrivée à l’aéroport de Port au Prince, à 22h, le 1er mars 2010, 48 jours après le tremblement de terre de magnitude 7, du 12 janvier après midi.

    La tente- hôpital où nous sommes appelés à rendre service,  se trouve seulement à dix minutes de l’aéroport.  Je m’inscris pour travailler douze heures par jour, avec le projet « Medishare », du système de Santé de l’Université de Miami. Je ne pourrai pas récupérer mes valises à leur arrivée, car on me demande d’accompagner spirituellement un papa de trois filles, qui va mourir. L’interprète créole est excellent et  brillant et je crois qu’il traduit très bien mon message et mes prières. J’ai la chance de pouvoir visiter et réconforter la famille le lendemain.

     Il y a besoin de quelqu’un pour prendre le service, à la tente du centre médical. J’y découvre des espaces de repos, où je peux  trouver mon lit de camp;  un quartier médical et chirurgical, un espace pour les enfants, avec trois tables d’opération ; cinq lits d’urgence et un premier NICU et PICU. C’est là que je me sens à l’aise pour rendre service efficacement. Je vois trois valises bleues, transformées en berceaux bien isolés, pour deux nouveau-nés prématurés, pour les maintenir au chaud. L’un est hydrocéphale. Il faut les nourrir par « gavage », pour remplacer le lait maternel ou le biberon : il s’agit d’un tube placé dans le nez du bébé qui conduit le lait, maternel ou non, jusqu’à l’estomac. Dans des conditions très rudimentaires, il me faut trouver des moyens d’apporter un peu de confort, là où il n’y a rien.

      Je découvre une grande boite Styrofoam et aménage un lit confortable pour Fred, mon prématuré préféré, qui est aussi soumis au gavage mais qui veut bien boire avec moi. Ainsi l’autre jumeau aura plus d’espace.
     Pendant cinq jours, je sens que « la chair est faible mais que l’Esprit est à l’œuvre » et qu’il désire que j’aide le plus de personnes possibles à percevoir la présence du Christ. Je suis venue  pour aider les équipes de secours à organiser les services et les gens sont très contents de mon aide.

    Ensuite, Sœur Mary Ann Cruz, missionnaire philippine en Haïti, et moi-même avons l’opportunité de faire le tour de la ville dévastée de Port au Prince : la Cathédrale en ruine, le Palais présidentiel, les Hôpitaux, les Hôtels, la Poste, les Universités, les Maisons de Retraite tenues par des Religieuses, les Séminaires, et aussi notre propre maison de District et notre école.

    En dépit du malheur, l’Espérance demeure, car nous voyons que nos tentes sont entourées de celles de nos voisins, qui ont tout perdu et qui se sont installés sur le terrain de notre maison de District. J’ai la chance de dormir une nuit avec nos six Sœurs haïtiennes. Il s’agit des Sœurs de St Paul de Chartres de Port au Prince et de deux aspirantes, que le désastre a épargnées, physiquement. Je vais aussi à Thomassin 25, où j’assiste à la Messe du dimanche.
     Je suis heureuse et reconnaissante envers mon Dieu qui m’a permis de vivre une si belle et merveilleuse expérience. Après tous ces événements, mon humble expérience d’Haïti restera toujours dans mon cœur. Il est certain qu’avoir une expérience personnelle d’une telle catastrophe peut nous rendre plus forte pour d’autres circonstances douloureuses.
MISSION MÉDICALE DU HAÏTI
L'amour du Christ nous pousse à manifester sa  bonté  et sa tendresse à tous nos frères.