Sœurs  de Saint Paul de Chartres
                   (SPC)
             Timor Leste
          
depuis 1993
L’amour du Christ Nous Presse.


Dans les 20 à 30 dernières années, peu de gens connaissaient le Timor Leste, et ceux qui le connaissaient s’en souciaient peu. Loin de l’attention des media, en particulier des media occidentaux, sa triste histoire n’attirait pas le regard des gouvernants du monde. Beaucoup de sœurs de st Paul, même, ignoraient notre présence en ce pays.
Située au sud-est de l’archipel de l’Indonésie, à 300 miles de l’Australie, cette terre étroite et isolée, dont la forme ressemble à celle d’un crocodile, comprend 800 000 habitants environ, presque tous catholiques.

En 1975, quand l’administration coloniale portugaise quitta le pays, dirigé par le Portugal depuis 200 ans, l’armée indonésienne chercha à s’emparer du pouvoir vacant. L’ONU condamna cette intervention mais ne fit rien pour l’arrêter. La communauté internationale n’avait jamais formellement reconnu la revendication de l’Indonésie de souveraineté sur ce territoire, mais n’avait guère soutenu le mouvement d’indépendance du Timor Leste. Beaucoup de Timorais se souviennent trop bien de l’invasion indonésienne en 1975 et d’une décennie d’oppression politique brutale et de récession économique.  200 000 habitants sont morts, c’est à dire 30% de la population.

La solidarité SPC directe et active avec le Timor Leste a commencé en 1993. A l’invitation de Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, SDB, Prix Nobel de la Paix en 1996, la Congrégation a choisi d’ouvrir le premier et unique hôpital catholique en ce pays catholique. Cet hôpital de  50 lits, bâti par la Congrégation et lui appartenant, desservait Suai et les villages environnants, et même au-delà de la frontière du Timor Ouest indonésien. Quand la violence a éclaté, en septembre 1999, Sr. Mary Baradero, missionnaire philippine et trois sœurs indonésiennes infirmières tenaient l’hôpital, avec du personnel du pays. Ces sœurs aidaient aussi les paroisses, comme Catéchistes. Elles visitaient les gens des villages, chez eux et participaient aux célébrations eucharistiques dans leurs chapelles. 
En avril 1999, 6 mois à peine avant le référendum historique pour l’indépendance, une nouvelle communauté fut installée à Dili, la capitale, (cela avait d’abord été une clinique mobile).  Sœur  Bernadette, une autre missionnaire philippine et Soeur Fransiska Tri Ergawanti, une jeune Professe indonésienne, se préparaient à travailler à Dili, au Centre de formation et de retraites, pendant que Sr Carmen travaillait  avec Mgr Belo au Centre pour la Paix et le Développement. A cause de la situation de guerre, le centre de retraites ne put ouvrir et le centre de Développement n’avait qu’un mois d’existence quand la violence éclata.

Au mois de mai 1999, le Portugal, l’Indonésie et les Nations Unies signent un accord tripartite  stipulant la mise en place d’un référendum pour l’indépendance au Timor Leste. Dès l’annonce de celui- ci, commence une nouvelle forme de violence. Des groupes paramilitaires (milices) timorais s’entraînent et,  rejoints par des militaires indonésiens, lancent une série d’assauts ponctuels. Des organisations et même des villes entières sont reconnues comme soutenant ce mouvement pour l’indépendance. Certains accusaient l’Eglise d’être aux côtés de ce mouvement. Alors, comme le Catholic World Report le mentionne, l’Eglise, qui est l’institution la plus visible dans une société  sous développée et le  symbole de la  culture chrétienne timoraise, au milieu de la société islamique indonésienne, devint la cible privilégiée des violences… Les chefs de la résistance prétendirent que les milices avaient été formées et soutenues par l’armée indonésienne pour intimider les électeurs et obliger le peuple du Timor Leste à prendre les armes.  Mgr Belo récusa l’accusation de guerre mais reconnut que les soldats indonésiens avaient encouragé les milices, avec de l’argent et d’autres moyens efficaces.”.

Comme les attaques des militaires croissaient en nombre et en gravité, Mgr Belo, de Dili, évêque originaire de Baucau, mit en place  DARE II ( Dare est un lieu près de Dilii où des leaders des groupes  pro-intégration, alliés à l’Indonésie, et pro-indépendance, tenaient ensemble un séminaire de formation. Comme Dare I, Dare II était un essai de médiation, négociation, et résolution de conflits. Comme unique femme et unique religieuse à participer  à  ces efforts, en tant que membre du Comité du Gouvernement, en tant qu’interprète et liturgiste, c’était pour moi une mission plus qu’un risque de me trouver là comme SPC, en  solidarité avec le peuple souffrant du Timor Leste. Notre propre sœur, Sr Bernardita Guhit, qui est la Secrétaire Exécutive de la Commission Justice et Paix des Evêques de la Conférence Episcopale d’Indonésie, y assistait comme Observateur. Moi- même, Observatrice Déléguée de la Mission des Nations Unies au Timor Leste, (UNAMET) avant, pendant et après le Référendum, j’ai vu de mes yeux l’enthousiasme des gens à exercer leur droit de vote. Les anciens, hommes et femmes, les mères de famille, roulant leurs bébés et même des malades, marchant des kilomètres pour atteindre les bureaux de vote, certains levés avant l’aube, pour voter. C’était une preuve concrète de l’aspiration de la population à l’auto- détermination. Dans mon cœur, je me disais : “c’est bon d’être là”

Deux incidents violents se produisirent devant notre maison, le dernier jour de la campagne pour le référendum. Un jeune favorable à l’intégration fut molesté, battu et poignardé par la foule qui l’encerclait. Sœur Bernadette était à l’arrière ; ne tenant pas compte de la colère de la foule, elle cria de toutes ses forces : “Arrêtez ! arrêtez ! nous sommes chrétiens !” Le jeune homme était couvert de sang  (Photo ci- dessous : Sr. Bernadette à l’arrière- plan; Sr. Carmen, devant). Sur la route de l’hôpital, il pleurait : “Ma Sœur, je vais mourir.” Quelques mètres plus loin, un étudiant d’université, brandissant d’une main ses sandales de plastique et de l’autre une pierre, arriva en courant, cherchant à sauver sa vie; des soldats le poursuivaient, avec des armes automatiques. L’un d’eux visait le jeune homme. Sr Bernadette cria: “ Ne tirez pas !” Au même moment, une explosion retentit et le garçon tomba mort, ensanglanté. On a raconté que les milices l’avaient pris pour cible et qu’il implorait la protection des soldats de l’ONU, venus assurer la paix et la sécurité. Une femme, dans la foule, poussait des cris hystériques. Les gens pleuraient, en proie à l’angoisse, au chagrin et à la peur. C’est l’une de nos expériences les plus traumatisantes, au Timor Leste. Beaucoup plus tard, nous avons taquiné Sr Bernadette: “Que serait- il arrivé si le soldat que vous avez interpellé avait tiré sur vous? Vous auriez été la première martyre SPC de l’histoire.”  Plaisanterie mise à part, cela aurait pu arriver !

Le 4 septembre, à 9h, le Secrétariat Général des Nations Unies  annonça à la TV les résultats du référendum. Le Timor Leste était enfin libre ! Une majorité écrasante avait voté pour l’indépendance. C’était la victoire du peuple ! On chantait et dansait dans les rues en criant : “Vive le Timor Leste.”  Mais  aussitôt la destruction commença. Quelques minutes seulement après l’annonce historique, une centaine de personnes envahissaient notre maison et notre cour, cherchant refuge. Ce fut horrible, car les chrétiens actifs étaient les premiers sur les listes de la milice. A 13h, ce jour- là, on commença à tirer, tuer, piller, brûler. Chaque acte de terrorisme semblait programmé et exécuté systématiquement. Nous restâmes enfermées pendant trois jours, souvent en prière devant le Saint Sacrement, pour chercher le réconfort. Nous sortions seulement pour assister, chacune à son tour, les réfugiés qui se trouvaient derrière la maison, et pour observer la fumée qui montait dans le ciel de Dili, comme d’énormes parapluies noirs un jour d’obscurité. Nous dormions tout habillées, si, toutefois, l’une de nous dormait réellement !  Aucune de nous n’osait bouger. Quand les tirs s’arrêtaient un instant, nous pouvions entendre un silence de mort au dehors. Des reporters étrangers étaient présents, pour enregistrer, avec leurs moyens techniques performants, ces horribles crimes contre l’humanité, pour que le monde entier et vous- mêmes puissiez en être informés.

Le 7 septembre au matin, nous avons appelé par téléphone les Canossiens, les Dominicains, les SVD et autres Religieux de Dili. La plupart étaient déjà partis La police nous conseilla de rejoindre ses hauts quartiers pour une évacuation éventuelle vers Atambua dans le Timor Ouest indonésien, en dépit du désir de rester de Sr Bernadette. Les gens réfugiés chez nous préféraient se cacher dans les montagnes plutôt que suivre avec nous la police. Beaucoup se méfiaient encore des militaires. Des dizaines de milliers d’habitants du Timor Leste choisirent, comme nous, de se réfugier au Timor Ouest. Pour des milliers de familles, ce furent des jours de dispersion et de séparation et environ 200000 personnes devinrent des « déplacés ». La tâche du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, (UNHCR) et des Opérations Internationales en faveur des Migrants (IOM) fut immense.

Le 8 septembre, nous retrouvions nos Sœurs de Suaï.  En communauté, elles avaient décidé de rester dans l’hôpital, pour assister des victimes éventuelles du référendum. A ce moment- là, l’hôpital était déjà entouré de soldats dont le rôle était, disaient- ils, de sécuriser ce lieu. Cela se passait deux jours avant  que se produise le tristement célèbre “Massacre de Suai” : le Père Hilario Madeira, Curé de la paroisse, que Mère Générale a rencontré lors de sa visite à  Suai, et son assistant, le P. Francisco Soares, tous deux prêtres du pays, ainsi que le P. Dewanto, Jésuite indonésien, furent martyrisés. Des témoins oculaires ont certifié que le P. Hilario fut fusillé dans le dos puis découpé à l’aide d’une machette. Les deux autres prêtres moururent des suites de coups de machette. De façon non officielle, on affirme que pas moins de 500 personnes, hommes, femmes et enfants, furent tués aussi ce jour- là. L’église et la cour de l’église servirent  de refuge temporaire à environ 4000 personnes, venues des montagnes pour voter et devenues victimes des intimidations et de la terreur.

Nos Sœurs de Suaï racontent qu’une Religieuse canossienne, qui habitait près de l’église et avait été témoin du massacre, osa se rendre à l’hôpital, à 3 km de là, pour les avertir que les prêtres avaient été tués et qu’elle avait entendu un soldat triompher ainsi : « Maintenant que les prêtres sont morts, prenons les Sœurs pour épouses.» Ce témoignage fut celui qui fit partir les Sœurs.  Elles quittèrent Suaï avec 12 de leurs employés, dont un médecin timorais qui était en tête de liste de la milice.

Vers le fin de septembre, les 4 Sœurs de Suaï et une autre de Dili se rendirent en Indonésie, tandis que Sr Bernadette et moi nous nous réfugiions en Australie. Sr. Myriam, SPC, d’autres religieuses, des prêtres et des laïques d’Australie, de Hong Kong et des Philippines s’étaient occupés de négocier et organiser dans la sécurité notre déplacement vers l’Australie. Nous pensions qu’il serait plus facile ainsi de retourner auprès de notre peuple. Nous avons passé ces six semaines en Australie avec les réfugiés du Timor Leste, logés dans les plus anciennes baraques de l’armée, à East Hills, près de Sydney. Nous avons servi d’interprètes, de « couvertures de sécurité, » de baby sitters, etc pour nos 650 réfugiés. Nous étions en communauté avec les Sœurs de Lane Cove pendant les week-ends.

Le 5 novembre, à l’aube, à bord du Katamaran, un navire australien, nous avons pu voir à nouveau la statue du Christ Roi, de 27m de haut, au sommet de l’une des collines du Timor Leste. La plupart des passagers étaient des soldats australiens, en vraie tenue de combat. Au bout de 12 heures, nous abordions au port de Dili. Nous avons observé un grand nombre de personnel militaire occupé à décharger d’autres bateaux, des sacs et des sacs de riz et d’autres comestibles, qu’ils rechargeaient ensuite sur des camions, en vue de leur distribution à la population locale. Nous avons vu des rangées et des rangées de maisons, le long de la côte, arrangées avec des tôles ondulées rouillées, brûlées et des bandes de plastique. Les gens allaient et venaient, sans but précis. Nous marchions et cherchions de nos yeux des visages familiers, tout en descendant la côte. Nous avons bientôt aperçu Marito, un homme à tout faire, qui travaillait parfois dans notre maison. Il nous accueillit et embrassa chaleureusement et murmura avec beaucoup d’émotion : « Madre, ils ont brûlé ma maison et celles de mon père et de ma sœur. » Comment réagir devant une telle nouvelle ?

        Puis, en circulant dans la ville dévastée, nous n’avons presque vu que des ruines: des poutres de fer tordues, des toits cassés, de nombreux tas de cendres, des tonnes et des tonnes de pans de murs de plâtre. Il faut voir par soi- même pour comprendre l’énormité et la gravité de la dévastation. Certains disaient que cette destruction ne pouvait être l’œuvre d’êtres humains, ni même l’effet d’une bombe atomique.  C’était celui d’un déversement de gazoline, mis en flamme par une allumette, et les dégâts n’en étaient pas moins indescriptibles. Il faut voir cela pour ressentir la laideur, la monstruosité, la barbarie, l’inhumanité totale de ces événements. Avec des larmes sur ses joues, Mgr Belo, revenu de son exil forcé, a dit : “c’est comme l’enfer !”

          Nous avons partagé nos sentiments en entrant dans notre maison pour la première fois dans le Timor Leste indépendant. Celle- ci faisait partie des quelques maisons de la rue épargnées par le feu.  Nous avions de la chance de retrouver un toit et des murs pour nous préserver de la poussière, de la chaleur, de la pluie et un plancher pour dormir. Les soldats et leurs milices avaient eu la gentillesse de nous laisser  un cabinet tout cassé. Ils avaient tout pris, même les installations électriques, les balais, les cordes à linge, et tout le reste. Ce qui nous consola, ce fut la bonté de nos voisins qui nous envoyèrent deux vieilles chaises de plastique, prises dans leurs maigres biens, « pour que les sœurs âgées puissent s’asseoir » dirent-ils.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

      Quelques semaines plus tard, j’embarquai pour Suaï, dans un hélicoptère de l’ONU. La ville de Suaï est à 25 km de la frontière avec l’Ouest Timor indonésien. Quand je vis notre hôpital, je m’effondrai tout simplement devant le commandant des Forces de Paix de la Nouvelle Zélande, qui étaient temporairement stationnées à cet endroit. Le toit de ce bâtiment avait été dérobé. Mgr Belo a dit qu’ils s’en étaient servis pour construire des maisons pour les milices. Plus de lits ; les armoires et autres meubles étaient épars ; toute l’installation sans exception avait été volée, tables de la salle d’opération, lampes de plafond, appareils pour rayons-X, équipement de laboratoire, ordinateurs, etc… Plus une seule pièce de linge. L’hôpital, le logement des infirmières, le couvent des sœurs étaient aussi dénudés que le désert du Sahara. Et on avait trouvé moyen de brûler la salle des archives médicales, la salle centrale de fournitures et le magasin de la pharmacie. Au dire de nos premiers voisins, revenus de l’exil, les deux médecins  qui ont pillé nos médicaments les vendent maintenant à leurs patients, à un prix avantageux. Il fallut près de trois ans pour que nos sœurs, en travaillant dur, puissent refaire un hôpital pour le peuple du Timor Leste. Le bâtiment fut reconstruit par les fonds du Généralat et l’essentiel des équipements fut donné par les Ambassades d’Australie, d’Angleterre, du Canada et du Vatican en Indonésie. La destruction, elle, n’avait duré que trois jours. 

      Quand les réfugiés revinrent d’au- delà de la frontière, les cas de violence et de persécution commises par les ex- milices étaient connus. Ces malheureux incidents furent décrits de façon disproportionnée par les miliciens sans scrupule qui demeuraient au Timor Ouest et ils s’en servirent pour discréditer la situation du Timor Leste, devenu indépendant. Ainsi, ils décourageaient les réfugiés restés là- bas de revenir au pays. On nous a dit que maintenant encore 80 à 100 000 réfugiés sont parqués dans des camps, de l’autre côté de la frontière. Pour corriger cette situation, l’UNHCR a organisé des rencontres entre les réfugiés rapatriés et ceux restés en exil. Les deux groupes ont échangé des informations sur leurs situations respectives. Cela a vraiment aidé les uns et les autres. Nos Sœurs de Suaï sont impliquées dans ces rencontres. Avec le  personnel UNHCR, elles servent d’interprètes et de liens entre les deux groupes.

Le Timor est maintenant un pays indépendant.  Nous vivons dans l’espoir de le voir, en temps voulu, prendre sa place parmi les nations libres et créatrices de paix. Actuellement, l’administration de transition des Nations Unies pour le Timor Leste,- UNTAET-, représente l’autorité dans le pays. En collaboration avec un Conseil National Consultatif NCC, composé de 11  Timorais du Leste, de 3 étrangers représentant l’ONU et d’un membre officiel de l’Eglise, cette administration prépare le pays à se donner un gouvernement indigène et la pleine indépendance pour dans deux ou trois ans. L’enjeu est la capacité de construire et de diriger les Timorais de l’Est. Le personnel de l’UNTAET est un mélange de nationalités des cinq continents :   Australiens, Néozélandais, Fidjiens, Américains, Canadiens, Brésiliens, Portugais, Anglais, Français, Japonais, Chinois, Coréens, Thaïs, Philippins, Singapouriens, Indonésiens, Pakistanais, Ghanéens, Mozambicais, Sud Africains, Russes, Serbes et Croates, pour n’en mentionner que quelques uns. En outre, plus de cent personnes étrangères et organisations non gouvernementales œuvrent ici pour                                        la reconstruction et le développement du pays. Des Présidents, des Premiers Ministres, des Parlementaires, des Ambassadeurs, des Généraux militaires, des Supérieurs de Congrégations, des philanthropistes célèbres au niveau international et d’autres encore, sont venus et repartis, non sans promettre                                                                                                                                                                                                                            leur soutien. Certains l’ont donné vite et  généreusement. Remarquons avec tristesse que beaucoup n’ont fait que de vaines promesses, sans donner suite. médecines traditionnelles.les victimes de viol.


Mais la stratégie tripartite de l’UNTAET, à savoir, sécurité, reconstruction et développement, semble avancer très lentement. Alors que les Forces de Paix ont presque sécurisé le territoire, l’UNHCR n’a rapatrié de l’Indonésie que 150 000 réfugiés; la plupart des enfants en âge scolaire vont à l’école pour étudier en anglais et en portugais, parfois en plein air, sous les arbres ; 85% du pays reçoit l’électricité, mais les étapes de la reconstruction et du développement sont à la traîne. Des restaurants et des magasins,la plupart pour approvisionner le personnel de l’ONU, se sont installés le long des rues poussiéreuses de Dili,  mais le manque de nourriture et d’argent persiste dans les régions rurales, comme à Suaï. Le prix des aliments de base, riz, sucre, huile et autres, a doublé et même triplé. Beaucoup de gens sont au chômage. Quelques- uns travaillent pour survivre en aidant à nettoyer les rues et l’environnement, en échange de riz.  Le Programme Alimentaire Mondial et les autres ONG font ce qu’ils peuvent pour aider mais ne répondent pas aux besoins de la population. Le pays manque de fournitures médicales et de services de santé. Les gens des villages redécouvrent les médecines traditionnelles.

Cependant, l’expérience pascale du Timor Leste n’est pas un perpétuel chemin de Croix. . Des  échappées de grande foi, d’espérance, d’amour, de compassion, de joie, de paix et de réconciliation éclairent le chemin. Ainsi, nous avons eu l’aide de nos Sœurs d’ Australie, et spécialement  de Sr Myriam da Luz, qui est venue et a agi en notre faveur en contactant Hong Kong et Manille, pour nous permettre d’aller à Darwin et Sydney. Les Sœurs de Sydney ont été vraiment fraternelles et solidaires. Leur esprit paulinien d’amour et d’hospitalité nous a aidés à détendre nos muscles et nos esprits stressés.  Même après notre retour à Dili, leur intérêt pour nous ne s’est pas interrompu.

Pendant que nous habitions avec les réfugiés timorais à Safe Haven, East Hills, en Australie, les Religieuses Joséphites se sont montrées pour nous comme de vrais anges gardiens. Leur couvent nous était ouvert toute la journée et une grande partie de la nuit pour recevoir leurs services. Elles avaient installé des cours d’informatique de conseil aux traumatisés, un dispensaire, un centre de soins de jour, des classes de couture et de travaux manuels pour les femmes, etc .. Tous ces services ont apporté de l’espoir, de la joie et de la santé à beaucoup de réfugiés traumatisés. Elles nous ont aidées aussi à organiser des programmes de survie pour les femmes de Suaï, dont

Et quels éloges exprimer à l’intention des  chefs et des membres de la Royal Australian Air Force qui ont risqué leur vie pour la sécurité au Timor Leste ? Non seulement ils ont offert le verre d’eau pour la soif mais ils ont aussi rasé et vendu aux enchères leurs belles chevelures et leurs abondantes moustaches, en vue de  se procurer des fonds pour alimenter un générateur électrique, pour la maison et le dispensaire de nos Sœurs de Suaï.  Une ou deux fois par semaine ils sont venus rendre visite à deux Sœurs  âgées, pas pour des cours de Bible ni pour une direction spirituelle, mais pour faire ce que dit la Bible : “ donner à manger aux affamés, à boire aux assoiffés, réconforter les malades et instruire les analphabètes. »  Ils entraient en passant pour apporter des secours : nourriture, vêtements, fournitures scolaires et médicales, jouets, ustensiles de cuisine, nécessaires de toilette et le reste. Ces biens de consommation courante étaient triés, empaquetés et envoyés aux villages et paroisses éloignés, proches de la frontière du Timor Ouest, à de nombreux réfugiés pauvres, rapatriés après leur exil au Timor  Indonésien. Ces bienfaiteurs apportaient aussi du bonheur à beaucoup d’enfants autour de nous, avec leurs gestes de bonté. Naturellement, les friandises, les affaires d’école et les jouets non seulement comblaient les estomacs et les cœurs, faisaient danser de joie les enfants, mais, en plus, ils créaient de vraies amitiés avec ces soldats.

Comment oublier encore notre propre Sœur  Bernardita Guhit, dont l’intérêt et la compassion sincère pour la condition difficile des étudiants timorais à Jakarta fut tant appréciée par ces derniers ?                                                                                                                 Elle travaillait avec Sr Inoue, une Sœur japonaise du Sacré Cœur, dont la compassion n’était pas moindre.   Elles ont favorisé le rapatriement de nombreux étudiants, ainsi que leur scolarité, et soutenu des projets de survie, surtout pour les femmes de Suaï et des environs.  Une énorme quantité de nourriture, vêtements, médicaments, affaires scolaires, véhicules, outils agricoles et de menuiserie fut d’un grand secours pour               la population.

C’est ainsi que nous avons encore de nombreux prêtres, sœurs et laïques indonésiens qui continuent leur engagement en faveur du Timor Leste. Ils franchissent la frontière entre l’Indonésie et le Timor Est, en vue de rapatrier des réfugiés, de réunir des familles et des parentés si longtemps séparées, de procurer nourriture, vêtements, médicaments, matériaux de construction élémentaires pour de simples abris, etc … tout cela malgré le risque de provoquer la colère des milices sans pitié, qui gardent la frontière.
C’est le moment de raconter une brève histoire, qui me vient à l’esprit : “ Au centre d’une ville du sud de l’Inde, il y avait un arbre gigantesque. Personne ne savait son âge. On l’appelait Ammamaram, i.e., l’arbre mère. Il possédait une large cavité, qui permettait qu’un homme y soit assis. Il y a très longtemps, un homme sage vivait dans cette cavité. Il mangeait les fruits de l’arbre et s’habillait avec l’écorce. Après sa mort, on trouva ce poème sur l’écorce qu’il avait portée :

“Un arbre ne mange pas ses propres fruits,
Une rivière ne boit pas de l’eau qu’elle transporte,
Un nuage ne donne pas la pluie pour son propre usage. .
Les dons de Dieu doivent servir aux besoins d’autrui.’’

Ce récit montre seulement quelques reflets de la joie qui accompagne le cheminement du Timor Leste vers la ‘’Pâque’’ -  joie et liberté des enfants de Dieu. Nous aimerions citer ici tous ceux qui ont soutenu notre peuple, ne montrant jamais de lassitude dans leur compassion.
Les SPC du Timor Leste regardent l’avenir avec espérance, grâce à leurs nouveaux engagements en faveur de ces populations. De nouvelles sœurs sont arrivées: Sr Annette de Marie Nadala, Sr Victoria Santiago, et Sr Constancia, un dispensaire, une clinique mobile, et le travail pastoral a déjà commencé à Suaï.  Sr Bernadette Velayo, Sr Alma Marie Cantoma et moi, nous participerons à l’administration  du nouveau Grand Séminaire du Diocèse de Dili et  Bacau et continuerons à accompagner le Centre de la Paix et du Développement, sa nouvelle vision et son fonctionnement. Avec simplicité, humilité et audace, nous continuerons à nous offrir à Dieu pour le bien de l’Eglise, pour le service de la santé et de la réconciliation  de la population du Timor Leste. De plus, nous demandons votre soutien pour cette œuvre que l’Eglise nous a confiée au Timor Leste. Quoi qu’il en soit, ce sera un long chemin que celui de la reconstruction du Timor Leste et de sa population catholique, dont la foi est solide.
Le Timor Leste est un nouveau pays, avec des perspectives nouvelles, qui désire une culture de paix dans une société civile. Les besoins du moment sont la  conversion, la réconciliation, la santé et l’espoir. Mgr Belo a déclaré : “Le Timor Leste appartient à tous les habitants de bonne volonté, qui désirent un avenir de paix, de justice, de démocratie et de prospérité pour leur pays. Il n’est pas la propriété seulement des groupes pro- indépendance mais aussi de ceux qui voulaient l’intégration à l’Indonésie. Vivons dans le pardon et l’acceptation mutuelle, comme des frères et sœurs tournés vers l’avenir du Timor Leste. ‘’
Peut- être aurons- nous encore à vivre mille crises et morts, pour parvenir à la résurrection : à une vraie liberté. Le Seigneur marche avec nous. Nous Le prions :
“Chaque jour, je t’appelle, Seigneur, mais spécialement aujourd’hui.
J’ai besoin de beaucoup de force pour affronter tout ce qui va arriver.
Aujourd’hui, plus qu’un autre jour, j’ai besoin de Ta Présence à mes côtés,
Pour fortifier mon courage et surmonter mes peurs.
Par moi- même, je ne peux pas faire face aux défis du moment.
Il y a des heures où les humains ont besoin d’un pouvoir surnaturel
Pour les aider à supporter ce qui arrive.
Alors, Seigneur, je t’en prie,
Soutiens ma main tremblante et reste près de moi, aujourd’hui. Amen.’’

Sr. Marie Carmen Pangillian
Dili, East Timor 2002
Une nouvelle mission à Turiscaï

Turiscai se prononce comme “tourist sky”.  Tout le monde comprend cette expression  et c’est la réalité ! C’est un lieu touristique, en haut d’une montagne …un Levesville, une nouvelle mission. 

L’ouverture d’une communauté de mission à Turiscaï est la réponse, en 2007, à une requête déjà ancienne de l’Evêque de Dili, H.E. Mons. Alberto Ricardo da Silva. C’est un village de 7900 habitants, 1500 familles, 11 villages, dispersés sur la montagne. C’est à plus de 300 kilomètres de la ville de Dili, par une route de montagne, étroite, sauvage, pierreuse, exposée au vent; impraticable en temps de pluie.

Le village est à  700 mètres d’altitude et la température y est fraîche toute l’année.  La pauvreté y règne sous toutes ses formes : manque des nécessités de base, malnutrition et illettrisme.   Le courant électrique est intermittent, le téléphone mobile fonctionne mal.
Plusieurs congrégations féminines ont été invitées par le Diocèse à s’installer à Turiscaï… elles sont allées voir mais ont refusé ces conditions trop difficiles.  Nous sommes les « glaneuses » qui répondent aux invitations, quelles que soient les difficultés …

Le voyage en voiture pour s’y rendre, dure 5 heures ou plus, selon l’état de la route, et d’un village à l’autre, 3 ou 4 heures, par des pistes de montagne. Avec un peu de chance, les sœurs  comme les gens, peuvent s’accrocher aux camions de transport qui approvisionnent la population en nourriture. L’esprit de solidarité permet cela.

Les sœurs  viennent de temps en temps à Dili pour des occasions particulières, des réunions, et pour subvenir à leurs besoins de provisions alimentaires, de médicaments ou d’équipements.

Pouvez- vous maintenant imaginer ce “tourist sky”?
La communauté comprend : Sœur  Alma Cantorna, la supérieure locale, enseignante à l’école paroissiale et active dans la Pastorale.  Sœur  Mary Cardoso, dans l’apostolat de la santé pour les malades pauvres, et Sœur Liberita (nouvelle professe), dans la Pastorale paroissiale.  Chacune à son tour, elles accompagnent le Prêtre de la Paroisse et son équipe dans les villages, pour la Messe et les Sacrements. Les habitants ont accueilli chaleureusement  les Sœurs  et ils sont fiers d’avoir des sœurs  SPC à TURISCAI.


Construction d’une maison de Juniorat SPC au Timor Leste 

C’est un désir devenu réalité et une prière exaucée ! Grâce à Mère Myriam et son Conseil, qui ont permis la construction du bâtiment, Sr Marie Bibianne et son Conseil ont pu fêter l’inauguration et la bénédiction d’une Maison de Formation des Junioristes du Timor Leste, le 29 juin  2012.  C’est la première Maison de Juniorat pour une congrégation religieuse au Timor Leste.

Le bâtiment se trouve juste derrière la Maison de Région, à Dili. Il comprend deux étages et un jardin en terrasse. Au premier étage, salle de cours, salle de conférence, petite cuisine, bureau de la Maîtresse des Junioristes et salon. Au second, douze chambres individuelles et un oratoire.
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